La création d’un bijou d’exception repose sur une alliance invisible : celle de la rigueur de mécanique et de la sensibilité esthétique. À travers l’étude de la conception d’un Nœud de Trèfle en 3D, cet article explore comment la maîtrise des courbes permet de sculpter la lumière.
Dans une démarche de partage, le modèle 3D associé à cette étude est mis à disposition en open source (format STEP). L'objectif est de permettre aux créateurs d'analyser une structure optimisée pour les métiers d'art, l'analyse et la l'extraction de courbes.

1. La fondation du design : Splines et indicateurs de courbure
Tout commence en deux dimensions. Pour obtenir un bijou aux lignes organiques et fluides comme le nœud de trèfle, l’utilisation des Splines dans les esquisses est essentielle. Contrairement aux arcs de cercle classiques, les splines permettent de créer des formes libres et complexes.
Cependant, une belle courbe à l'œil nu peut cacher des micro-imperfections. Pour garantir une fluidité parfaite, l'utilisation des peignes de courbure (ou indicateurs de courbure) est primordiale dès l'esquisse :
- Le principe : Cet outil affiche des segments perpendiculaires le long de la courbe. La longueur de ces segments représente l'intensité de la courbure en chaque point.
- L'objectif : On cherche à obtenir une variation de longueur "élastique" et progressive. Si le peigne présente un saut brusque, cela indique une rupture de tension qui se traduira par un défaut visuel après polissage.
2. De l'esquisse à la surface : L'analyse Zebra
Une fois les esquisses validées, elles sont transformées en volumes 3D. C’est à cette étape qu’intervient l’analyse Zebra (ou bandes de réflexion).

- Le concept : Cette fonction projette virtuellement des bandes lumineuses parallèles sur la surface du modèle.
L'analogie : C'est le procédé utilisé en carrosserie automobile de luxe. Si les bandes sur le nœud de trèfle sont fluides et se raccordent sans décalage, la lumière glissera sur le futur bijou sans interruption. - Le verdict : Le Zebra confirme que la qualité déposée dans les splines initiales a bien été transmise à la surface 3D. Une interruption des bandes signale une zone où la lumière « accrochera » l’œil de façon inesthétique.

3. Le cycle du développement : De l'écran au porté
Atteindre un produit fini demande une méthodologie itérative où le numérique affronte la réalité physique :
- Conception et analyses : Optimisation des splines (peignes) et des surfaces (Zebra).
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- Impression 3D résine : Validation de l'échelle réelle, des ajustements et du "porté" (fonctionnel, confort et ergonomie sur la peau).
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- Prototypage (Maquette) : Réalisation en métal non précieux pour évaluer le poids et valider les analyses de lumière par un polissage réel.
- Ajustement technique : Retour à la CAO pour affiner une tension de courbe selon les sensations du prototype physique et conseils artisan.
4. Une conception optimisée pour les métiers d’art et leur diffusion

Un fichier 3D dont la courbure est maîtrisée ne se contente pas d'être une aide à la fabrication ; il devient une base de données géométrique exploitable par tous les corps de métiers. En atteignant une continuité parfaite dans le volume, on débloque de nouveaux leviers de précision :
- L'extraction de courbes maîtresses : Une fois l’objet sculpté en 3D, il est possible d'en extraire les lignes de force (isoparamétriques ou silhouettes) selon l'orientation idéale. Ces "courbes de beauté", parfaitement propres et issues d'une géométrie fluide, servent de guides infaillibles pour la découpe laser, le dessin de décalcomanies techniques ou la création d'outillages spécifiques. C'est l'assurance que l'ADN esthétique du bijou se retrouve sur tous ses supports dérivés y compris logos.
- Le polissage : Une surface sans facettes ni ruptures de courbure se polit avec une efficacité accrue. Le disque de coton rencontre une résistance constante, garantissant un éclat homogène et évitant de "creuser" le métal sur des zones de transition instables.
- L’émaillage : La maîtrise des rayons de courbure permet à l’émail liquide de se tendre de façon naturelle par capillarité. On évite ainsi les ruptures de tension superficielle qui causent des manques sur les arêtes ou des accumulations disgracieuses dans les creux.
- Le sertissage et la gravure : En fournissant une géométrie propre et des courbes guides extraites directement du modèle, l'artisan dispose d'une base stable. Le burin ou l'échoppe suivent des trajectoires prévisibles, et les logements de pierres (sertis) bénéficient d'une assise parfaitement plane, essentielle pour la pérennité du bijou.
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Cette rigueur dans la conception permet de passer d'un simple "dessin 3D" à un véritable référentiel technique partagé, assurant une cohérence absolue entre l'intention initiale et le geste de l'artisan.
5. Partage et mise en pratique
Pour aller plus loin dans la maîtrise de ces outils (CAO, analyse de courbure, optimisation pour la fabrication), des Masterclasses sont régulièrement organisées et accessibles à Genève. Ces sessions permettent d'approfondir les techniques de conception avancées et de découvrir comment la 3D transforme les métiers d'art.
- Pratiquer : Utilisez le fichier source du nœud de trèfle pour vos propres essais, mesures de courbure et extraction de courbes.
- Se former : Participez aux MasterClass CAO et montez en compétences lors des prochains événements.
5. Licence Open Source
Ce modèle 3D du Nœud de Trèfle est mis à disposition par Marco Bernardo sous licence Creative Commons BY-SA 4.0.
- Attribution (BY) : Vous pouvez utiliser et modifier ce fichier (même à des fins commerciales) à condition de citer mon nom.
- Partage à l'Identique (SA) : Si vous modifiez ou transformez ce modèle, vous devez distribuer votre création sous la même licence.
En partageant ce fichier au format STEP, c’est une invitation à collaborer et à élever ensemble nos standards de conception.
[Introduction à la CAO]
https://volkseco.github.io/CAO-Formation/
[Agenda des Masterclasses CAO]
https://ecoboost.world/resa/index.html)
[Accéder aux fichiers STEP du Nœud de Trèfle]
(joint à cet l'article)
L'esthétique d'un bijou ne sort pas du néant : elle se construit dès le premier point d'esquisse. En maîtrisant la courbure, on ne dessine plus seulement un objet, on anticipe son aspect et son comportement la à lumière.